Carte de crédit : un outil, pas une marge de manœuvre
- Laurence Laverdière

- il y a 4 jours
- 8 min de lecture

C'est jeudi, midi, jour de paie. William vient de consulter pour la 15e fois son compte bancaire. Il a bien reçu sa paie. Il va enfin pouvoir payer sa carte de crédit.
Il surveille son cellulaire depuis 9 h ce matin. Il a chaud. Il pense déjà aux futures dépenses qu’il devra remettre sur sa carte de crédit.
William est un travailleur acharné. Il mène une vie bien remplie. Il aime se faire plaisir au restaurant, s’acheter de nouveaux vêtements et du matériel pour son travail. Comme beaucoup de gens, il utilise sa carte de crédit pour une grande partie de ses dépenses : l’épicerie, l’essence, les restaurants, les achats en ligne et quelques dépenses imprévues.
Chaque mois, il reçoit sa paie et rembourse sa carte de crédit. Puis, au fil des semaines, la carte recommence tranquillement à se remplir.
Selon William, tout va bien. Il paie toujours sa carte. Il n’a jamais vraiment considéré cette façon de faire comme un problème.
Et William n’a pas complètement tort : payer sa carte à temps et éviter de laisser un solde s’accumuler sont de bonnes habitudes.
Mais une question pourrait tout de même être intéressante à lui poser :
Est-ce que sa carte de crédit est simplement son moyen de paiement… ou est-elle devenue une façon de faire fonctionner son budget?
La différence peut sembler subtile. Pourtant, elle peut en dire beaucoup sur notre situation financière.

Une carte de crédit, ce n’est pas de l’argent supplémentaire
Une carte de crédit est avant tout un outil de crédit.
Elle peut être pratique, sécuritaire et même offrir certains avantages. Mais le montant disponible sur la carte ne représente pas l’argent dont on dispose réellement.
Une limite de crédit de 2 000 $, 10 000 $ ou 15 000 $ ne signifie pas que l’on peut se permettre de dépenser cette somme.
Notre capacité financière dépend plutôt de notre revenu, de nos dépenses, de nos dettes, de notre épargne et de nos objectifs.
Autrement dit, une carte peut nous permettre d’acheter quelque chose
aujourd’hui, mais elle ne nous donne pas nécessairement les moyens de nous le permettre.
C’est une distinction importante.
« Je paie toujours ma carte au complet »
C’est une bonne habitude.
Mais prenons un instant pour regarder ce qui se passe derrière ce paiement.
William reçoit sa paie. Il rembourse sa carte. Quelques jours plus tard, il l’utilise à nouveau pour l’épicerie, l’essence, les sorties et les dépenses courantes.
À la prochaine paie, il recommence.
William n’a peut-être aucune dette de carte de crédit qui s’accumule. Il n’est pas nécessairement en difficulté financière.
Mais il pourrait tout de même avoir très peu de marge de manœuvre.
Si sa voiture tombe en panne demain et que la réparation coûte 1 500 $, que fera-t-il?
S’il n’a pas suffisamment d’épargne disponible, la carte de crédit pourrait devenir la solution.
Et c’est précisément ce genre de situation qui mérite qu’on regarde au-delà du solde de la carte.

Payer sa carte chaque mois : bonne ou mauvaise habitude?
Bonne habitude, oui.
Mais la vraie question est de savoir avec quel argent vous la remboursez et quelle marge de manœuvre il vous reste ensuite.
Payer sa carte au complet chaque mois ne signifie pas automatiquement que votre situation financière est parfaite. Mais cela ne signifie pas non plus que vous avez un problème.
C’est simplement une occasion de regarder l’ensemble de votre situation.
La bonne question n’est donc pas seulement :
« Est-ce que je paie ma carte? »
Mais aussi :
« Est-ce que ma situation financière me permettrait d’absorber une dépense imprévue sans avoir recours au crédit? »
Votre carte de crédit peut vous donner un indice
Parfois, notre utilisation du crédit nous révèle quelque chose que notre relevé bancaire ne montre pas immédiatement.
Par exemple :
votre carte est presque toujours très utilisée;
votre paie sert rapidement à rembourser des dépenses déjà faites;
vous avez peu d’épargne accessible;
vous utilisez votre carte pour plusieurs dépenses imprévues;
vous reportez parfois un solde;
vous avez plusieurs cartes et ne savez plus exactement combien vous devez;
vos paiements mensuels prennent une place importante dans votre budget.
Aucun de ces éléments ne signifie automatiquement que votre situation est mauvaise.
Ils peuvent simplement être des signaux qu’il serait pertinent de prendre un peu de recul.
C’est souvent là que la planification financière prend tout son sens.
Faire un budget, ce n’est pas seulement additionner des factures
Lorsqu’on pense à un budget, on pense souvent aux dépenses mensuelles : logement, épicerie, voiture, téléphone, assurances…
Mais la vraie vie ne fonctionne pas uniquement sur une base mensuelle.
Une voiture aura besoin de pneus.
Une maison demandera de l’entretien.
Un enfant aura besoin de vêtements.
Un appareil finira par rendre l’âme.
Une activité scolaire s’ajoutera.
Une dépense imprévue arrivera.
Et certaines dépenses reviennent chaque année sans être mensuelles.
Un bon plan financier doit donc prévoir une place pour ce qui est prévisible… et une marge pour ce qui ne l’est pas.
C’est une nuance importante entre simplement « faire un budget » et planifier ses finances.
Avant de changer vos habitudes, regardez ces quatre chiffres
Avant de décider qu’il faut complètement changer sa façon d’utiliser sa carte de crédit, il peut être utile de regarder sa situation avec un peu de recul.
1. Combien vous reste-t-il réellement chaque mois?
Après le logement, l’épicerie, les assurances, la voiture, les activités, les paiements et les autres dépenses courantes, quelle somme vous reste-t-il?
Pas la somme que vous espérez économiser.
La somme qui reste réellement.

2. Combien avez-vous de côté pour les imprévus?
Une dépense de 500 $, 1 000 $ ou 2 000 $ pourrait-elle être absorbée sans utiliser votre carte?
Il n’existe pas nécessairement un montant universel qui convient à tout le monde. La réserve nécessaire dépend de votre situation, de vos revenus, de vos responsabilités et de vos dépenses.
3. Combien devez-vous réellement?
Lorsque plusieurs cartes, marges de crédit, prêts ou paiements sont utilisés en même temps, il peut devenir difficile d’avoir une vue d’ensemble.
Faire la liste de ses dettes, de leurs soldes, de leurs taux d’intérêt et de leurs paiements permet souvent d’y voir beaucoup plus clair.
4. Votre façon d’utiliser votre argent vous permet-elle d’avancer?
C’est peut-être la question la plus importante.
Vous pouvez payer toutes vos factures à temps et ne pas avoir de problème de crédit, mais si vous n’arrivez jamais à épargner pour vos projets, il peut être intéressant de comprendre pourquoi.
La santé financière ne se résume pas à éviter les dettes. Elle comprend aussi la capacité de construire l’avenir que l’on souhaite.
Quelques pièges à garder en tête
Utiliser une carte de crédit ne signifie pas qu’on fait quelque chose de mal. Il s’agit simplement de connaître quelques pièges pour pouvoir les éviter.
Le paiement minimum n’est pas une stratégie
Le paiement minimum permet de respecter le minimum exigé, mais si vous reportez un solde, les intérêts peuvent rapidement augmenter le coût de vos achats.
Lorsque cela est possible, rembourser le solde du relevé dans les délais prévus est généralement une meilleure habitude.
La date d’échéance compte
On peut avoir les meilleures intentions du monde et simplement oublier un paiement.
Un rappel dans son calendrier, un paiement automatique ou une vérification régulière du compte peut aider à éviter ce genre d’oubli.
Une limite élevée ne signifie pas qu’on peut dépenser davantage
Votre institution financière peut vous offrir une limite de crédit importante.
Cela ne signifie pas pour autant que votre budget peut absorber cette somme.
Avant de faire un achat important, la question à se poser n’est pas seulement :
« Est-ce que j’ai assez de crédit disponible? »
Mais plutôt :
« Est-ce que j’ai les moyens de payer cette dépense? »
Les récompenses ne devraient pas dicter vos dépenses
Points, remises en argent, avantages et promotions peuvent être intéressants.
Mais une récompense ne devrait jamais être la raison de faire un achat dont on n’a pas réellement besoin ou qu’on n’est pas en mesure de payer.
Dépenser 100 $ pour obtenir quelques dollars de récompenses reste une dépense de 100 $.
Les paiements récurrents peuvent passer inaperçus
Services de diffusion, applications, abonnements, logiciels…
Pris séparément, plusieurs de ces montants semblent petits. Additionnés sur une année, ils peuvent représenter une somme importante.
Un petit ménage de vos paiements récurrents une ou deux fois par année peut être très révélateur.
Une carte de crédit ne remplace pas un fonds d’urgence
La carte peut dépanner lorsqu’une dépense imprévue survient.
Mais si chaque imprévu doit être porté à la carte parce qu’il n’y a aucune épargne disponible, cela peut être un signal qu’il serait pertinent de revoir sa situation financière.
L’objectif n’est pas nécessairement d’éviter toute utilisation du crédit.
C’est plutôt d’avoir suffisamment de marge de manœuvre pour que la prochaine surprise de la vie ne devienne pas automatiquement une nouvelle dette.
Et si le problème n’était pas votre carte?
C’est peut-être la question la plus intéressante à se poser.
Parfois, une personne cherche à mieux gérer sa carte de crédit alors que le véritable enjeu se trouve ailleurs.
Peut-être que les dépenses ont augmenté.
Peut-être que le revenu a changé.
Peut-être qu’un projet important approche.
Peut-être qu’il n’y a tout simplement pas assez d’épargne disponible pour absorber les imprévus.
Ou peut-être que la personne ne sait pas vraiment combien elle peut mettre de côté chaque mois sans se retrouver à utiliser son crédit.
Dans ces situations, changer ses habitudes de carte ne règle pas nécessairement le problème. Il faut comprendre ce qui se passe dans l’ensemble de la situation financière.
C’est là qu’un accompagnement peut faire une différence
La gestion financière ne consiste pas seulement à savoir combien on dépense.
Il faut aussi comprendre où l’on veut aller et comment y arriver.

Un conseiller peut aider à faire le portrait de la situation, à établir les priorités et à réfléchir à différents éléments qui sont souvent liés entre eux :
budget et flux de trésorerie;
dettes et crédit;
épargne;
fonds d’urgence;
projets à court, moyen et long terme;
investissements;
assurances;
retraite;
changements dans la situation familiale ou professionnelle.
L’objectif n’est pas de vous dire quoi faire avec chaque dollar.
C’est de vous aider à comprendre votre situation pour prendre des décisions financières qui correspondent réellement à votre vie.
Et surtout, il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir un problème pour demander de l’aide.
Vous pouvez très bien avoir une bonne situation financière, payer vos cartes à temps et vouloir simplement savoir si vous êtes sur la bonne voie.
Une carte de crédit peut être un excellent outil
Revenons à William.
Sa carte de crédit n’est pas son ennemie.
Il n’a pas besoin de culpabiliser parce qu’il l’utilise régulièrement.
Mais il pourrait être intéressant pour lui de prendre un peu de recul et de se demander :
Est-ce que ma façon d’utiliser mon crédit correspond à mes objectifs?
Ai-je suffisamment de marge de manœuvre pour les imprévus?
Est-ce que mon argent travaille dans la direction que je souhaite?
Parce qu’au fond, une bonne gestion financière ne consiste pas à ne jamais faire d’erreur ou à suivre un budget parfait.
Elle consiste à savoir où l’on en est, où l’on veut aller et à avoir un plan pour y arriver.
Votre carte de crédit n’est qu’une petite pièce du casse-tête.
Mais parfois, c’est justement une petite pièce qui nous donne envie de regarder l’ensemble.
Vous vous reconnaissez un peu dans l’histoire de William?
Vous n’avez pas nécessairement besoin de changer toutes vos habitudes. Il peut simplement être utile de prendre un peu de recul et de regarder l’ensemble de votre situation.
Mélanie peut vous aider à faire ce portrait, à établir vos priorités et à voir comment votre budget, votre crédit, votre épargne et vos projets peuvent mieux travailler ensemble.
Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’un imprévu, une dette ou un changement majeur vous oblige à revoir vos finances.
Une conversation peut simplement être le premier pas pour mieux comprendre où vous en êtes et où vous voulez aller.







